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Fissures, infiltrations, affaissements : quels désordres sont vraiment décennaux ?

Face à une fissure ou une infiltration, la question n'est pas leur ampleur visuelle mais leur impact sur la solidité ou l'usage du bâtiment, voici la grille de lecture qui distingue un désordre décennal d'un simple défaut d'aspect.

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Par Inès Salaün
Bordeaux · 30 juillet 2026 · 5 min de lecture
Fissures, infiltrations, affaissements : quels désordres sont vraiment décennaux ?

Un lézarde qui traverse un mur, une tache d'humidité qui remonte au plafond, un carrelage qui se soulève dans le garage : pour le propriétaire qui découvre ces signes, la première question est presque toujours la même, est-ce que ma garantie décennale va jouer ? La réponse ne dépend ni de la taille du désordre ni du montant des travaux, mais d'un critère juridique précis, souvent mal connu, qui sépare ce qui relève de la décennale de ce qui n'en relève pas.

Une garantie légale, pas une assurance tous risques

Instaurée par la loi Spinetta de 1978 et codifiée aux articles 1792 et suivants du Code civil, la garantie décennale est une obligation légale qui pèse sur tout constructeur, artisan, entreprise de travaux, architecte, bureau d'études. Pendant dix ans à compter de la réception des travaux, elle couvre les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination, c'est-à-dire impropre à l'usage auquel il est destiné.

Elle ne doit pas être confondue avec deux autres garanties qui interviennent à des moments différents. La responsabilité civile professionnelle (RC pro) du constructeur couvre les dommages causés à des tiers pendant le chantier ou en dehors du champ de la décennale. L'assurance dommages-ouvrage, elle, est souscrite en amont par le maître d'ouvrage (le client) et permet un préfinancement rapide des réparations relevant de la décennale, sans attendre qu'un tribunal détermine les responsabilités. Trois garanties, trois objets, trois souscripteurs différents.

La grille de lecture : solidité ou destination

Pour qu'un désordre soit décennal, il doit remplir l'une de ces deux conditions :

  • Compromettre la solidité de l'ouvrage : le bâtiment, ou l'un de ses éléments constitutifs, risque de s'effondrer, de se déformer dangereusement ou de perdre sa capacité structurelle.
  • Le rendre impropre à sa destination : sans mettre en cause la structure, le désordre empêche l'usage normal du bien, une maison qui devient inhabitable à cause d'infiltrations massives, par exemple, même si les murs porteurs ne sont pas menacés.

Cette double entrée est la clé pour trier, au cas par cas, ce qui relève de la décennale de ce qui n'en relève pas. Elle explique pourquoi deux fissures d'aspect similaire peuvent avoir un traitement totalement différent.

Fissures : tout dépend de leur gravité

Une fissure fine, dite de retrait, qui affecte un enduit ou une peinture sans toucher le gros œuvre, reste en général un désordre esthétique, elle n'entre pas dans le champ de la décennale, même si elle est disgracieuse. En revanche, une fissure traversante qui traverse un mur porteur, s'accompagne d'un tassement de fondation ou évolue dans le temps peut signaler un problème de solidité : elle bascule alors dans le champ décennal, car elle menace la structure du bâtiment.

Entre les deux, de nombreuses situations intermédiaires existent : une fissure qui n'affecte pas la solidité mais laisse passer l'eau et rend une pièce inutilisable relève, elle, du critère d'impropriété à la destination. C'est tout l'enjeu de l'expertise technique qui suit une déclaration de sinistre : qualifier précisément la nature et la cause du désordre avant de statuer sur la garantie applicable.

Infiltrations et affaissements : la même logique

Le même raisonnement s'applique aux autres désordres fréquents. Une infiltration ponctuelle par une fenêtre mal posée, qui cause une tache locale facilement réparable, n'a pas nécessairement d'incidence décennale. Une infiltration généralisée en toiture, qui rend les combles inutilisables ou dégrade la charpente, relève en revanche typiquement de la garantie, au titre de l'impropriété à destination voire de la solidité si la charpente est atteinte.

Pour un affaissement de dallage ou de terrasse, la distinction se joue sur la même logique : un léger désaffleurement sans conséquence structurelle reste souvent hors décennale, tandis qu'un affaissement lié à un défaut de fondation qui menace l'ouvrage ou empêche son usage normal y entre pleinement.

Ce que la garantie décennale ne couvre pas

L'usure normale des matériaux, les défauts purement esthétiques sans conséquence fonctionnelle, ou les dommages relevant de l'entretien courant restent en dehors du champ de la décennale. C'est pourquoi chaque dossier doit être examiné à la lumière du contrat souscrit : les garanties, exclusions et franchises varient d'un contrat à l'autre, et seule la lecture des conditions générales, ou l'échange avec un courtier ou un assureur, permet de trancher un cas concret.

Où trouver une couverture adaptée

Côté professionnels, l'obligation de souscrire une décennale s'accompagne d'un marché où les profils et les tarifs varient fortement selon l'activité exercée, le chiffre d'affaires, l'ancienneté et l'historique de sinistralité, les prix évoluent typiquement sur une fourchette large plutôt que sur un tarif unique, et aucune estimation sérieuse ne peut être donnée sans étude du dossier. Des courtiers spécialisés comme ASSU PRO (assur-risque.fr) proposent un parcours de devis en ligne, avec recherche de l'entreprise par numéro de SIREN, y compris pour les sociétés en cours de création. Ce type d'acteur couvre aussi bien les professions dites intellectuelles (architectes, bureaux d'études, maîtrise d'œuvre) que les professions physiques (artisans, entreprises de travaux), en tenant compte des situations de risques aggravés, contrats résiliés, sinistralité passée, et des questions de territorialité de la garantie.

FAQ

Une fissure est-elle couverte par la garantie décennale ? Cela dépend de sa nature, pas de son aspect. Une fissure qui compromet la solidité de l'ouvrage ou qui le rend impropre à sa destination (infiltration, inhabitabilité) relève de la décennale. Une fissure purement esthétique, sans conséquence structurelle ou fonctionnelle, n'en relève généralement pas. Seule une expertise et la lecture du contrat permettent de trancher un cas précis.

Quelle différence entre décennale et dommages-ouvrage ? La décennale est souscrite par le constructeur et engage sa responsabilité ; l'assurance dommages-ouvrage est souscrite par le maître d'ouvrage et permet un préfinancement rapide des réparations, sans attendre la détermination des responsabilités.

Qui est obligé de souscrire une assurance décennale ? Tout constructeur au sens large, artisans, entreprises de travaux, architectes, bureaux d'études, maîtres d'œuvre, dès lors qu'il intervient sur un ouvrage de construction, conformément à la loi de 1978 et aux articles 1792 et suivants du Code civil.

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