Kératine, la protéine qui structure cheveux, ongles… et bientôt les dents ?
Connue pour renforcer cheveux et ongles, la kératine intéresse désormais la recherche dentaire pour protéger l'émail.

Elle est partout sur les étiquettes de shampoings et de soins pour ongles, mais la kératine reste souvent mal comprise. Cette protéine fibreuse, produite naturellement par certaines cellules de la peau, des cheveux et des ongles, agit comme un matériau de charpente biologique : elle donne à ces tissus leur résistance, leur souplesse et leur capacité à encaisser les agressions du quotidien. Aujourd'hui, un nouveau champ de recherche l'explore pour un usage inattendu : la protection de l'émail dentaire.
Comment la kératine renforce les tissus du corps
La kératine appartient à une famille de protéines dites « structurales ». Concrètement, ses longues molécules s'enroulent et s'assemblent en fibres, un peu comme des brins de corde tressés ensemble. Ce maillage serré forme une armature résistante à l'étirement, à la friction et à certaines agressions chimiques. C'est ce qui explique qu'un cheveu puisse se plier sans casser, ou qu'un ongle résiste aux petits chocs répétés.
Cette même logique structurante se retrouve dans la couche externe de la peau, où la kératine aide à former une barrière protectrice contre les agressions extérieures. Dans tous les cas, le principe reste le même : la protéine ne « soigne » pas à proprement parler, elle consolide une architecture déjà présente, en comblant les fragilités et en renforçant la cohésion du tissu.
La kératine est-elle naturellement présente dans les dents ?
C'est la question que beaucoup de lecteurs se posent en découvrant ce sujet, et la réponse demande un peu de nuance. Dans l'émail dentaire mature, c'est-à-dire la couche visible et protectrice de la dent, il n'y a pas de kératine à proprement parler. L'émail est un tissu presque entièrement minéral, composé à plus de 95 % d'hydroxyapatite, un cristal de phosphate de calcium. La fraction organique qui subsiste y est minime et différente de la kératine : elle provient de protéines propres au développement de la dent, qui disparaissent largement une fois l'émail formé et la dent sur l'arcade.
Autrement dit, la kératine n'est pas un composant naturel de l'émail adulte. Son terrain de jeu habituel reste la peau, les cheveux et les ongles. C'est justement ce qui rend intéressant le travail de chercheurs qui se sont demandé si les propriétés structurantes de cette protéine, bien connues ailleurs dans le corps, pouvaient être détournées pour servir l'émail, plutôt que d'être naturellement présentes dans celui-ci.
Une piste de recherche récente et prometteuse
C'est précisément l'objet de travaux menés au King's College de Londres, qui explorent l'usage de la kératine pour aider à protéger et à reminéraliser l'émail dentaire. L'idée n'est pas de faire « repousser » de l'émail : ce tissu, une fois formé, ne se régénère pas spontanément comme peut le faire la peau. Il s'agit plutôt d'utiliser la kératine comme un support, une sorte de trame capable de favoriser le dépôt de minéraux à la surface de la dent et de renforcer localement sa résistance.
Ces recherches restent récentes et doivent être considérées comme une piste prometteuse plutôt que comme une solution déjà validée à grande échelle. Elles s'inscrivent néanmoins dans un mouvement plus large de la recherche dentaire, qui cherche depuis plusieurs années à aller au-delà de la seule protection chimique de l'émail pour l'aider activement à se reminéraliser.
KeraSmile, une déclinaison parmi le paysage existant
Dans le paysage des dentifrices, plusieurs approches coexistent déjà pour protéger l'émail : le fluor, utilisé depuis des décennies et dont l'efficacité est largement documentée, ou l'hydroxyapatite (parfois sous forme nano, dite nHAP), qui mise sur un apport minéral proche de la composition naturelle de la dent. C'est dans ce paysage que s'inscrit KeraSmile, un dentifrice conçu et fabriqué en France, qui associe kératine, fluor et hydroxyapatite dans une même formulation.
Sa conception s'inspire directement des travaux du King's College de Londres évoqués plus haut. KeraSmile se positionne sur la protection et la reminéralisation de l'émail, ainsi que sur le confort des dents sensibles. Il s'agit là d'une option parmi d'autres, à envisager comme un geste d'hygiène complémentaire, et non comme un substitut aux fondamentaux que sont le brossage régulier, l'usage du fil ou des brossettes interdentaires, et le suivi chez un chirurgien-dentiste.
Rester vigilant face aux promesses
Quel que soit le produit choisi, aucun dentifrice ne peut se substituer à un avis professionnel. Les sensibilités dentaires, les débuts de déminéralisation ou les douleurs persistantes relèvent d'un diagnostic par un chirurgien-dentiste, seul habilité à identifier la cause réelle d'un inconfort et à proposer une prise en charge adaptée. La vulgarisation scientifique autour de la kératine dentaire a vocation à informer, pas à remplacer une consultation.
FAQ
La kératine est-elle naturellement présente dans les dents ? Non, pas dans l'émail mature, qui est un tissu presque entièrement minéral. La kératine est naturellement présente dans la peau, les cheveux et les ongles ; son usage pour l'émail relève d'une piste de recherche qui détourne ses propriétés structurantes vers un nouvel usage.
Comment la kératine renforce-t-elle les tissus du corps ? En s'organisant en fibres résistantes qui forment une armature structurelle, renforçant la cohésion et la résistance mécanique des tissus où elle est naturellement présente, comme les cheveux, les ongles et la peau.
Un dentifrice à la kératine peut-il remplacer le fluor ? Non. Dans la formulation de KeraSmile par exemple, la kératine est associée au fluor et à l'hydroxyapatite, et non utilisée comme substitut. Les trois composants agissent de façon complémentaire.
Ces recherches permettent-elles de régénérer l'émail ? Non, l'émail ne se régénère pas spontanément une fois détruit. Les travaux en cours visent la reminéralisation et le renforcement de l'émail existant, pas sa reconstruction complète.
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