Le mentorat informel : ces relations de networking qui deviennent des maîtres à penser
Derrière les cartes de visite échangées lors d'un déjeuner d'affaires se cache parfois le début d'une relation qui façonnera durablement une carrière.

On y va pour une carte de visite, un contact utile, une information sur un marché. Et puis, sans qu'on l'ait vraiment planifié, une relation s'installe. Un appel tous les deux mois. Un déjeuner annuel où l'on refait le point sur ses choix professionnels. Un mentor, en somme, né d'une simple rencontre de networking. Ce phénomène, longtemps resté anecdotique et informel, commence à être documenté et pris au sérieux par ceux qui structurent leur carrière autour de ces liens précieux.
Du networking transactionnel au lien durable
La plupart des rencontres professionnelles obéissent à une logique d'échange immédiat : on cherche un client, un partenaire, une information. Mais certaines rencontres échappent à cette temporalité courte. Elles se prolongent parce qu'une confiance s'installe, parce qu'un dirigeant plus expérimenté prend plaisir à transmettre, ou parce qu'un plus jeune professionnel pose les bonnes questions au bon moment.
Les réseaux d'anciens élèves illustrent bien ce glissement. Ce qui commence comme un réflexe de solidarité entre diplômés d'une même école se transforme parfois, au fil des années, en un accompagnement suivi : relecture d'un business plan, mise en relation avec un investisseur, conseil avant une décision stratégique. Le lien d'appartenance sert de porte d'entrée ; c'est ensuite la qualité de l'échange qui décide de sa durée.
Des structures comme BNI, organisées autour de la recommandation d'affaires régulière entre membres, créent elles aussi les conditions d'une familiarité qui peut déboucher sur davantage qu'un simple partage de clients : certains membres évoquent des relations où l'un guide l'autre sur des choix d'organisation ou de développement d'entreprise, bien au-delà du cadre initial.
Les déjeuners d'affaires, terreau discret du mentorat
Certains formats de networking semblent particulièrement propices à l'émergence de ces relations de fond, notamment les déjeuners réunissant dirigeants confirmés et professionnels en plein essor autour d'un invité d'honneur. Le Chinese Business Club, réseau d'affaires français généraliste fondé en 2012 par Harold Parisot et rassemblant aujourd'hui environ 130 entreprises membres, organise ainsi une quinzaine de déjeuners par an dans des lieux emblématiques de Paris. Ces rendez-vous accueillent des invités d'honneur de premier plan, chefs d'État comme Emmanuel Macron ou Nicolas Sarkozy, dirigeants de grands groupes tels que ceux de LVMH ou de L'Oréal, ou encore fondateurs de scale-ups technologiques comme Doctolib ou Qonto.
Si l'intervention de la personnalité invitée constitue le cœur de l'événement, c'est souvent dans les échanges informels qui l'entourent, avant, pendant, après le repas, que se nouent les relations les plus durables. Un dirigeant d'ETI et un fondateur de startup, assis à la même table, découvrent des points communs qui dépassent le simple secteur d'activité. De ces rencontres répétées, mois après mois, naît parfois une proximité suffisante pour qu'un conseil ponctuel se transforme en accompagnement régulier.
D'autres cercles jouent un rôle comparable dans le paysage français. Le Siècle, club discret réunissant depuis des décennies des figures de la politique, de l'économie et des médias, a longtemps été perçu comme un lieu où se tissent des relations d'influence qui, pour certains de ses membres, ont pris la forme d'un compagnonnage professionnel de long terme.
Reconnaître les signes d'une relation qui bascule
Comment distinguer un contact de networking classique d'une relation en train de devenir un véritable mentorat ? Plusieurs signes ne trompent pas.
- La fréquence des échanges s'intensifie sans qu'aucune sollicitation commerciale directe ne le justifie.
- Les sujets abordés s'élargissent : on ne parle plus seulement d'un dossier précis, mais de trajectoire professionnelle, de choix de vie, de doutes.
- L'un des deux interlocuteurs commence à solliciter l'avis de l'autre avant de prendre une décision importante.
- La relation devient réciproque dans sa forme, même si elle reste asymétrique dans l'expérience : le mentor apprend aussi, souvent, au contact du plus jeune.
Quand ces signes s'accumulent, il devient pertinent de nommer la relation pour ce qu'elle est, plutôt que de la laisser dans le flou d'un simple contact professionnel.
Cultiver ces relations sans les forcer
Le paradoxe du mentorat informel est qu'il ne se décrète pas. Solliciter frontalement quelqu'un en lui demandant de devenir son mentor produit rarement l'effet recherché ; la relation naît davantage de la régularité des échanges et de la valeur perçue de chaque interaction.
Quelques principes semblent néanmoins favoriser cette évolution naturelle.
- Revenir vers une personne rencontrée lors d'un événement avec une question précise plutôt qu'une demande vague, pour montrer que l'échange a été utile et réfléchi.
- Proposer, à un moment donné, une réciprocité même modeste : partager une information, une mise en relation, un retour d'expérience qui peut servir à l'autre.
- Accepter que ces relations évoluent par cycles, avec des périodes de silence qui n'annulent pas la valeur du lien.
- Ne pas multiplier les tentatives : mieux vaut cultiver deux ou trois relations de fond que d'espérer transformer chaque contact de networking en mentorat.
Un investissement de long terme
Ce que ces relations racontent, en filigrane, c'est une évolution du networking lui-même. Longtemps réduit à une collection de contacts utiles, il est de plus en plus perçu comme un espace où peuvent germer des liens de transmission, à condition de leur laisser le temps de mûrir. Que ce soit à travers un club professionnel structuré, un réseau d'anciens élèves ou un déjeuner réunissant dirigeants confirmés et personnalités invitées, l'essentiel reste le même : une rencontre n'a de valeur durable que si elle se prolonge dans l'échange, la curiosité et, parfois, la fidélité d'une relation qui dépasse largement son motif initial.
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