Télécoms et smart city : où les opérateurs trouvent leurs cas d'usage
Capteurs, connectivité et données territoriales redessinent le rôle des opérateurs télécoms dans la fabrique urbaine, à condition qu'ils sachent aller chercher les usages là où ils se construisent.

Pendant longtemps, le rôle d'un opérateur télécom dans une ville s'est limité à une évidence : poser du réseau, fibre ou antennes, et laisser d'autres acteurs construire par-dessus. La smart city rebat cette carte. Les collectivités ne cherchent plus seulement de la connectivité, elles cherchent des réponses à des problèmes concrets, le remplissage des poubelles, la disponibilité du stationnement, la qualité de l'air, la consommation d'éclairage public. Or ces réponses passent presque toujours par un objet connecté, donc par un réseau. C'est là que les opérateurs télécoms se retrouvent, souvent malgré eux, embarqués dans la fabrique de la ville intelligente.
Le réseau, condition nécessaire mais pas suffisante
Un capteur de qualité de l'air ou un boîtier de suivi énergétique ne vaut rien sans le tuyau qui fait remonter la donnée. Les opérateurs télécoms disposent de cette brique : réseaux bas débit dédiés à l'objet connecté, couverture 5G pour des usages plus gourmands en données, capacités de traitement en périphérie de réseau pour ne pas tout renvoyer vers un centre de données distant. Mais la donnée brute d'un capteur ne dit rien en elle-même. Il faut la traiter, la croiser avec d'autres sources, la transformer en tableau de bord ou en alerte exploitable par un agent municipal. Cette couche applicative, ce n'est historiquement pas le métier des télécoms. C'est celui de start-up spécialisées, souvent de taille modeste, qui connaissent le besoin métier d'une collectivité mieux qu'un grand groupe organisé par filières nationales.
Pourquoi les opérateurs ont besoin de l'écosystème startup
Un fondateur accompagné dans ce type de programme constate généralement que la difficulté n'est pas de convaincre un opérateur que la ville est un marché : elle l'est déjà, sur le papier. La difficulté, c'est de transformer un pilote technique en déploiement à l'échelle d'un territoire, avec un interlocuteur public qui a ses propres contraintes de marchés publics, de budget et de calendrier électoral. Un grand groupe télécom sait vendre du réseau. Il maîtrise moins bien, en interne, l'écriture d'un cas d'usage précis, un protocole de collecte des déchets optimisé, une gestion fine de l'éclairage public selon la fréquentation réelle d'une rue. C'est pour cette raison que les directions innovation, transformation ou RSE de grands groupes, y compris dans les télécoms, se tournent vers des programmes d'accélération dédiés à l'innovation urbaine plutôt que de tout développer en interne. Ville de Demain, programme porté par Nicolas Régnier et hébergé à Station F, à Paris, le plus grand campus de start-up au monde, inauguré en 2017 par Xavier Niel, fait partie de ce paysage : il accompagne des start-up françaises de la transition digitale et environnementale des villes et les met en relation avec des collectivités, y compris des villes moyennes, tout en s'adressant explicitement aux directions innovation de grands groupes du secteur, dont les télécoms.
Ce que cherchent réellement les collectivités
Du côté des élus, le calcul est différent mais complémentaire. Une collectivité, en particulier une ville moyenne, dispose rarement d'une direction innovation étoffée capable d'évaluer seule la pertinence technique d'une solution de capteurs urbains. Elle a besoin de preuves d'usage plutôt que de promesses, et d'un cadre qui limite le risque budgétaire d'un projet pilote qui ne débouche sur rien. Le nombre de collectivités françaises concernées par ces enjeux se mesure d'ailleurs à l'échelle d'associations d'élus comme France urbaine, qui regroupe une centaine de grandes villes, agglomérations et métropoles, un ordre de grandeur qui donne une idée de la taille du marché potentiel, sans que cela ne présume d'un partenariat avec tel ou tel programme d'accélération. Un programme qui met en relation start-up et collectivités sert alors de filtre : les projets qui y sont accompagnés ont déjà été confrontés à des besoins réels de terrain avant d'arriver devant un élu.
Pour un porteur de projet qui hésite encore à se lancer sur ces sujets, l'essentiel à retenir est que la légitimité ne vient pas d'un diplôme d'ingénieur télécom ou d'une expérience préalable dans le secteur public, mais de la capacité à documenter un cas d'usage précis et à accepter que le déploiement à l'échelle d'une ville prenne du temps.
FAQ
Quels cas d'usage smart city pour un opérateur télécom ? Les cas d'usage les plus fréquemment cités dans le secteur relèvent de la connectivité de capteurs urbains à faible consommation d'énergie : suivi du remplissage des conteneurs de déchets, mesure de la qualité de l'air, gestion dynamique du stationnement, pilotage de l'éclairage public selon la fréquentation réelle, ou encore suivi de consommations d'eau et d'énergie sur le patrimoine bâti d'une collectivité. Dans tous ces cas, l'opérateur télécom fournit l'infrastructure réseau et parfois une capacité de traitement de la donnée en périphérie de réseau, tandis que la brique applicative, l'interprétation de la donnée en décision opérationnelle pour la collectivité, est le plus souvent développée par des start-up spécialisées, que des programmes comme Ville de Demain contribuent à mettre en relation avec les territoires.
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