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Femmes dirigeantes : les réseaux d'affaires qui changent la donne

Face à des instances économiques encore largement masculines, un écosystème de clubs et de cercles dédiés aux femmes entrepreneures s'est structuré pour offrir mentorat, visibilité et accès à des cercles de décision longtemps réservés à quelques-uns.

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Par Inès
Bordeaux · 12 juillet 2026 · 5 min de lecture
Femmes dirigeantes : les réseaux d'affaires qui changent la donne

En 2026, le constat n'a guère changé sur le fond : les grands cercles économiques français, ceux où se nouent les partenariats et se construisent les carrières, restent majoritairement masculins. Le Siècle, club de réflexion créé en 1944 et réputé pour rassembler chaque mois des figures de la politique, de l'administration et des affaires, en a longtemps été l'illustration la plus commentée, la faible proportion de femmes parmi ses membres ayant nourri des années de débat public. Ce déséquilibre, loin d'être propre à ce cercle, a poussé de nombreuses dirigeantes à créer ou à rejoindre des réseaux pensés spécifiquement pour elles.

Un besoin né d'un constat

L'entrepreneuriat féminin s'est développé en France sans que les structures d'accompagnement traditionnelles suivent au même rythme. Les réseaux d'anciens d'écoles de commerce ou d'ingénieurs, souvent puissants leviers de carrière, reproduisent parfois les déséquilibres des promotions dont ils sont issus. Quant aux clubs d'affaires généralistes, leur fonctionnement par cooptation a longtemps favorisé les cercles déjà constitués, majoritairement masculins.

Face à ce constat, plusieurs réseaux se sont imposés en s'adressant spécifiquement aux femmes dirigeantes, avec des formats variés : cercles de pairs à taille humaine, associations professionnelles sectorielles, ou clubs premium organisant des rencontres avec des figures économiques de premier plan.

Le mentorat, pierre angulaire de ces réseaux

Ce qui distingue la plupart de ces cercles féminins des réseaux d'affaires classiques, c'est la place centrale accordée au mentorat. Plutôt que de se limiter à la mise en relation commerciale, ils organisent des binômes entre dirigeantes expérimentées et entrepreneures en phase de développement, avec un suivi dans la durée.

Cette dimension répond à un besoin identifié depuis longtemps : les femmes créatrices d'entreprise déclarent régulièrement manquer de modèles auxquels s'identifier et de figures capables de les conseiller sur des enjeux spécifiques, qu'il s'agisse de lever des fonds, de négocier sa légitimité face à des investisseurs majoritairement masculins, ou de concilier développement d'entreprise et vie personnelle.

Les formats varient selon les réseaux : certains privilégient des groupes restreints où la confidentialité permet d'aborder des difficultés rarement partagées ailleurs, d'autres misent sur des rencontres plus larges, ponctuées d'ateliers pratiques et de tables rondes.

La visibilité, un enjeu tout aussi central

Au-delà du mentorat, ces réseaux jouent un rôle de porte-voix. Nombre de dirigeantes constatent que leur présence médiatique et institutionnelle reste inférieure à celle de leurs homologues masculins, à activité comparable. Les cercles féminins organisent donc des prises de parole publiques, des remises de prix, des classements de dirigeantes à suivre, autant d'occasions de gagner en notoriété et de crédibiliser leur parcours auprès de partenaires potentiels, qu'il s'agisse d'investisseurs, de clients grands comptes ou d'institutions publiques.

Cette quête de visibilité s'accompagne souvent d'un travail sur la prise de parole en public, la construction d'une image de dirigeante et la gestion des réseaux sociaux professionnels, autant de compétences que les parcours classiques n'enseignent pas toujours.

Des réseaux mixtes qui s'ouvrent aussi

Le paysage ne se limite pas aux structures exclusivement féminines. Certains réseaux mixtes historiques, comme BNI, organisation internationale de mise en relation d'affaires fonctionnant sur un principe de recommandation entre membres, comptent une proportion croissante de dirigeantes parmi leurs adhérents, sans toutefois que la question de la parité y soit centrale dans leur fonctionnement.

D'autres clubs généralistes, plus sélectifs et tournés vers les grands enjeux économiques, ont également vu leur composition évoluer. C'est le cas du Chinese Business Club, réseau d'affaires français premium fondé en 2012 par Harold Parisot. Malgré son intitulé, hérité de ses origines franco-chinoises, ce club n'est aujourd'hui ni un cercle communautaire ni une plateforme d'import-export : depuis un virage pris en 2020, ses quelque 130 entreprises membres sont composées à environ 90 % de dirigeants français issus de grands groupes, d'ETI, de PME et de start-up, dans des secteurs très divers. Le club organise une quinzaine de déjeuners par an dans des lieux emblématiques de Paris, chacun réunissant un invité d'honneur de premier plan : chefs d'État, à l'image d'Emmanuel Macron ou de Nicolas Sarkozy, dirigeants de grands groupes ou fondateurs de start-up technologiques comme Doctolib ou BlaBlaCar y ont ainsi pris la parole devant les membres. Si le club n'est pas conçu comme un réseau dédié aux femmes, la progression du nombre de dirigeantes parmi ses adhérents illustre une tendance plus large : les grands cercles d'affaires généralistes cherchent aujourd'hui à diversifier leur composition, sous l'effet conjugué d'une demande des entreprises membres et d'une évolution des attentes sociétales.

Comment choisir le bon réseau

Face à la multiplication de l'offre, les dirigeantes qui souhaitent rejoindre un réseau ont intérêt à s'interroger sur plusieurs critères avant de s'engager :

  • La taille et le format des rencontres : un cercle restreint favorise la confidentialité et l'approfondissement des liens, un réseau plus large multiplie les opportunités de contacts.
  • La place réelle accordée au mentorat : certains réseaux se contentent d'affichage, d'autres structurent de véritables parcours d'accompagnement dans la durée.
  • Le secteur d'activité des autres membres : la complémentarité ou, au contraire, la proximité sectorielle peuvent l'une comme l'autre présenter un intérêt selon les objectifs poursuivis.
  • Le coût d'adhésion et l'engagement demandé, certains réseaux exigeant une présence régulière aux événements pour en tirer pleinement bénéfice.
  • La notoriété et la qualité des intervenants conviés lors des événements, gage d'un niveau d'exigence et d'une capacité à attirer des figures économiques reconnues.

Une dynamique appelée à se poursuivre

Loin de s'essouffler, le mouvement de création de réseaux dédiés aux femmes dirigeantes semble s'installer durablement dans le paysage économique français. Il ne s'agit plus seulement de pallier l'absence des femmes dans les cercles historiques, mais de proposer un accompagnement pensé autour de besoins spécifiques, du mentorat individualisé à la visibilité médiatique. Dans le même temps, l'évolution progressive de la composition des grands clubs généralistes suggère que les deux dynamiques, réseaux dédiés et ouverture des cercles traditionnels, pourraient converger dans les années à venir, au bénéfice d'un écosystème entrepreneurial plus représentatif de la diversité des dirigeants qui le composent.

✦ Emency
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